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Impérialisme américain : les pays de l’AES doivent-ils se faire du souci ?

L’intervention américaine au Venezuela et les nouvelles menaces de Donald Trump contre Cuba et l’Iran doivent-ils inquiéter les pays de l’AES ? Ces États ont tous pour allié la Russie, qui n’a pas levé le petit doigt lorsque Nicolas Maduro a été capturé par les forces spéciales américaines. Moscou n’a pas, non plus, protégé le régime de Bachar el-Assad lors de l’offensive rebelle de décembre 2024. Alors : le Mali, le Burkina et le Niger ont-ils intérêt à assurer leurs propres arrières ?

Dans la nuit du samedi 3 janvier, l’armée américaine a capturé Nicolas Maduro, au cours d’une opération commando d’une demi heure selon Washington. Depuis plusieurs mois, Donald Trump accusait le président vénézuélien de narcotrafic et de narco-terrorisme. C’est au nom de cet argument farfelu qu’il a ordonné des frappes sur des embarcations supposées appartenir à des trafiquants de drogue, alors qu’il s’agissait pour la plupart de pêcheurs. Le Venezuela représente moins de 5% de la drogue consommée aux États-Unis, loin derrière l’Équateur (70%)…Même le Pérou, la Colombie et le Mexique pèsent davantage.

L’Iran et Cuba, les prochains sur la liste de Donald Trump

Comme on s’en doutait, le narcotrafic était l’arbre qui cachait la forêt. Donald Trump a lui-même avoué vouloir mettre la main sur le pétrole du Venezuela, qui possède les plus importantes réserves au monde devant l’Arabie Saoudite, avec 303 milliards de barils exploitables. Aussitôt Nicolas Maduro tombé (même si son régime est toujours en place), le maître de la Maison Blanche a menacé de s’en à Cuba et à l’Iran, tous deux alliés de la Russie, qui s’est contentée d’une timide condamnation (pour la forme) après le kidnapping du président vénézuélien.

Les pays de l’AES doivent se rappeler le sort de Bachar el-Assad

On se souvient que la Russie avait déjà abandonné Bachar el-Assad en décembre 2024, au cours de l’offensive du HTC, le groupe terroriste de l’actuel président syrien Ahmed el-Charaa. Personne n’a pas compris pourquoi elle n’a pas sauvé un allié clé qui lui permettait notamment d’ouvrir des bases militaires stratégiques pour des opérations en Afrique notamment. Et maintenant, Moscou lâche Nicolas Maduro, l’un de ses rares alliés en Amérique latine. Face à ces réactions plutôt louches du Kremlin, les juntes du Sahel, qui ont engagé un bras de fer avec l’Occident, ont du souci à se faire. Peuvent-elles ou doivent-elles compter sur le grand-frère russe, supposé défenseur du Sud global face à l’impérialisme occidental ?

La Russie a peut-être fait un deal avec Donald Trump sur le Venezuela

Si Moscou lâche un gros réservoir de pétrole et une tête de pont pour la conquête de l’Amérique latine, il ne se mouillera certainement pas pour de petits pays qui n’ont pas un grand intérêt économique (hormis l’or du Mali et l’uranium du Niger). Pour mieux se projeter sur le cas des juntes du Sahel, il faut revenir au Venezuela.

La Russie avait peu d’option sur ce dossier, à part l’indignation. Elle ne peut pas se permettre de fâcher Donald Trump, au moment où elle espère qu’il tordra le bras à Zelensky pour que ce dernier accepte le plan de paix américain très favorable à Moscou. Aussi, on peut raisonnablement penser que le coup de force des États-Unis au Venezuela arrange la Russie car elle pourrait faire un parallèle avec son intervention en Ukraine. En renversant Maduro, Donald Trump légitime un peu l’agression russe. Poutine a donc peut-être laissé faire.

La Russie occupée par sa guerre avec l’Ukraine pour défendre avec force des alliés comme l’AES

Par ailleurs, il ne faut pas oublier le partage du monde en zone d’influence par les grandes puissances. La Russie a certainement décidé de se retirer du pré-carré américain pour inciter les États-Unis à en faire de même en Europe de l’est autrefois soviétique. On sait que l’Ukraine a une plus grande importance aux yeux du Kremlin que le Venezuela lointain.

On pourrait ajouter à ces arguments le fait que la Russie est absorbée par sa confrontation avec Kiev. Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, elle a consacré d’énormes ressources financières et militaires à une guerre qui a épuisé ses finances et son armée. Avec moins d’argent , d’armes et d’hommes, le pays de Vladimir Poutine n’a plus les moyens de défendre un allié contre la première puissance au monde.

Des frappes préventives contre l’AES ? Possible !

Dans ce contexte, il n’est pas sûr que la Russie riposte vigoureusement si Trump s’en prenait aux pays de l’AES. Ces derniers ont toutefois la chance de n’avoir pas grand-chose qui attirerait le businessman Donald Trump : pas de gisements de pétrole et de gaz à profusion…. Tout le contraire du Nigeria, que la Maison Blanche a récemment menacé d’intervention si le pays ne faisait rien pour protéger les chrétiens contre les islamistes de Boko Haram.

Si Donald Trump a finalement choisi de punir directement les islamistes, n’oublions pas que c’est un personnage lunatique. Il n’hésitera pas à faire décoller des F-16 pour Abuja, un bon matin, s’il se réveillait du mauvais pied. Tout comme il pourrait mener des frappes préventives contre l’AES si les putschistes faisant une remarque qui ne lui plaît pas. Le président américain pourrait également s’appuyer sur les déclarations de ses conseillers ou d’officiers US pour passer à l’attaque. Comme celles de l’ex patron de l’Africom Michael E. Langley, qui a accusé en avril 2025 les dirigeants du Burkina Faso de se partager les revenus issus du pétrole avec la Chine au détriment de la population.

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