À compter du 1er mai 2026, la Chine lèvera tous les droits de douane sur les produits provenant des pays africains entretenant des relations diplomatiques avec elle. Selon Pékin, cette mesure s’inscrit dans une politique d’ouverture visant à permettre aux partenaires de se développer de manière plus équitable et inclusive. Mais certains Etats moins avancés pourraient ne pas en profiter, s’ils ne prennent pas certaines dispositions.
Le 14 février dernier, le président chinois Xi Jinping a annoncé que son pays supprimera, à partir du 1er mai 2026, les droits de douane sur tous les produits en provenance des Etats africains avec lesquels il entretient des relations diplomatiques. Il s’agit donc de tous les pays du continent, sauf l’Eswatini. Ce petit royaume enclavé entre le Mozambique et l’Afrique du Sud est le seul de la région à reconnaître officiellement Taïwan, un territoire revendiqué par la Chine.
La Chine avait annoncé la levée totale des droits de douanes en Afrique en juin 2025
Selon Xi Jinping, la suppression des tarifs douaniers contribuera à « créer de nouvelles opportunités pour le développement de l’Afrique ». Elle s’inscrirait dans la volonté du géant chinois de promouvoir un développement partagé et équitable. La levée des droits de douanes par la Chine avait été annoncée pour la première fois en juin 2025, alors que deux mois plus tôt l’administration Trump avait imposé des taxes à la quasi-totalité des pays de la planète.
Le gouvernement chinois n’avait pas alors donné la date d’entrée en vigueur de cette nouvelle mesure. Il faut noter que cette exemption de droits de douanes était déjà offerte à 33 pays africains les moins avancés (PMA). Les pays à revenu intermédiaire, au nombre de 20 ans, n’en bénéficiaient pas. Ce sont ces derniers qui seront ajoutés au 1er mai prochain. Il s’agit notamment de l’Afrique du Sud, du Maroc, de l’Algérie, de Maurice et de la Côte d’Ivoire.
La Chine, premier partenaire économique de l’Afrique depuis plus de 15 ans
Avec la nouvelle politique « zéro tarif » de Pékin, les pays africains dans leur quasi entièreté bénéficieront pour la première fois d’un accès « gratuit » au vaste marché chinois de plus d’un milliard d’habitants. L’Empire du milieu est le premier partenaire économique du continent depuis plus de 15 ans. Les exportations africaines vers la Chine représentaient près de 170 milliards de dollars en 2023, contre plus de 300 milliards de dollars aujourd’hui.
Non seulement la suppression des droits de douane permettra à l’Afrique d’exporter davantage ses produits vers le géant asiatique, mais aussi elle résoudra un problème majeur : désormais les pays africains n’ont plus à se battre entre eux pour accéder au marché chinois. Il est ouvert à tous, sans conditions.
Les pays les moins avancés pourraient être lésés par la suppression totale des droits de douanes chinois
Dans un article intitulé « China’s new tariff‑free regime for Africa : the potential upside and downside », publié dans la revue The Conversation, la chercheuse au China Studies Centre (Australie), Lauren Johnston, prévient toutefois contre des gains inégaux de cette politique chinoise.
Selon elle, les économies africaines les plus développées pourraient tirer l’essentiel des bénéfices de ce traitement tarifaire nul, au détriment des pays les moins avancés. Les pays les plus avancés, comme l’Afrique du Sud et le Maroc, pourrait concentrer la production destinée au marché chinois grâce à leurs bases industrielles plus solides et de meilleures performances logistiques.
De la nécessité pour les pays africains de mettre en place des chaînes d’approvisionnement transnationales et intrarégionales
À l’inverse, les pays les moins avancés perdraient l’avantage préférentiel dont ils bénéficiaient dans l’ancien régime. Ils seront handicapés par des obstacles structurels, notamment le manque de fiabilité de l’approvisionnement électrique, le déficit des infrastructures portuaires et les difficultés liées au respect de certaines normes commerciales.
Pour s’en sortir, ces Etats devraient mettre en place des chaînes d’approvisionnement transnationales et intrarégionales basées sur les avantages comparatifs. D’après Lauren Johnston, en rejoignant les chaînes d’approvisionnement commerciales régionales, ils pourront mieux profiter de la nouvelle politique tarifaire chinoise. Cette situation permettrait en même temps d’accélérer le processus d’intégration commerciale en Afrique.
La Chine lorgne sur les minerais critiques africains
Mais que gagne la Chine dans tout ça ? Il faut d’abord noter que l’Afrique ne représente que 3% du commerce global de la Chine. Ainsi, celle-ci ne gagne pas grand-chose et ne perd pas, non plus, grand-chose. Toutefois, en se montrant « gentille », elle envoie un message au sud global : Pékin soutient le développement des pays de cette sphère économique, tandis Washington les punit avec des tarifs douaniers relevés.
Grâce à sa politique de « zéro taxe », la Chine veut donc se faire bien voir et renforcer son influence dans cette région du monde, alors qu’il finance déjà des projets colossaux en Afrique grâce à son initiative « Belt and Road ». Mais il pourrait y avoir un autre intérêt sous la table : suppression de droits de douanes contre accès facilité aux minerais critiques, que les Etats-Unis convoitent également.




