Entre la cherté des logements et les déguerpissements tous azimuts, l’achat de terrain devient un véritable défi en Côte d’Ivoire. À Abidjan, les escroqueries immobilières se multiplient, dépouillant des citoyens de leurs économies. L’ouverture de plusieurs procédures judiciaires, notamment contre une promotrice bien connue des réseaux sociaux, ravive les attentes en matière de justice et de protection des victimes.
Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, connait depuis plusieurs années un déficit de logements, à cause principalement d’une absence de politique de décentralisation. La croissance démographique et l’urbanisation galopante de la ville accentuent la pression foncière, tandis que les loyers et les cautions pour entrer dans un logement pèsent de plus en plus lourdement sur les ménages. À ces difficultés s’ajoutent les déguerpissements de quartiers précaires, qui fragilisent davantage les populations modestes. Dans ce contexte, certains Ivoiriens désirent acquérir un terrain pour construire leur propre maison.
Des années de dur labeur injectées dans l’achat de terrain
Mais, dans un pays où la précarité alimente la corruption et les malversations, les acquéreurs s’exposent à des réseaux d’escroquerie proposant des terrains litigieux, déjà vendus ou inexistants. Les nombreux témoignages relayés sur les réseaux sociaux ces derniers mois illustrent l’ampleur de ces pratiques malhonnêtes, qui ne sont pas sans conséquences humaines et financières.
Des victimes affirment avoir engagé des dizaines de millions de francs CFA, parfois des économies de plusieurs années de dur labeur, sans obtenir de résultats. Ces pertes financières ont causé de graves problèmes de santé chez certaines, ne pouvant pas encaisser le coup. Les malheureux acquéreurs n’ont pas pu déceler l’arnaque à temps, tant que les pratiques sont infaillibles et sophistiquées.
Ces affaires frauduleuses d’achat de terrain n’épargnent pas la diaspora ivoirienne
Les méthodes reposent généralement sur la vente d’une parcelle bien située, mais promise à plusieurs acheteurs, qui croient être les seuls sur le coup. Profitant de la longueur des procédures foncières, les vendeurs présumés réclament des avances pour garantir le terrain au client. Ils sollicitent parallèlement d’autres intéressés, sans finaliser les transactions précédentes. Ce qui leur permet de toucher un gros pactole sur un même bien, déjà acquis ou inexistant.
La diaspora ivoirienne est particulièrement touchée, car plus aisée. Après des années d’économies à l’étranger, les expatriés souhaitent construire au pays et rentrer y vivre. Ils se font d’autant berner qu’ils se déplacent peu sur place, à cause de leurs activités à l’étranger, préférant confier les démarches à un parent ou ami proche.
Plus de 4 000 conflits sur l’achat de terrain recensés entre janvier et septembre en Côte d’Ivoire
Evidemment, les personnes lésées ne sont pas restées les bras croisés. Elles ont saisi la justice ivoirienne. Entre janvier et septembre 2026, au moins 4 396 conflits fonciers ont été recensés en Côte d’Ivoire, témoignant de l’ampleur des tensions autour de la terre. L’affaire la plus célèbre est celle impliquant une dame du nom de Djédjé Grahon Rita Bénédicte, dirigeante d’Ivoire Challenge Corporation. Selon le Parquet national financier, une soixantaine de personnes ont porté plainte contre elle et sa société, pour un préjudice provisoirement évalué à 320 millions de francs CFA. Les sommes auraient été encaissées pour la vente de parcelles dont la promotrice et son entreprise n’étaient pas propriétaires.
Des personnages publics possiblement impliqués dans les arnaques
Au-delà de l’aspect financier, ce dossier encore chaud illustre surtout les ramifications possibles de les escroqueries immobilières en Côte d’Ivoire. En effet, des artistes, journalistes et créateurs de contenus sont également cités dans la procédure. Certains auraient fait la promotion des projets sur les réseaux sociaux ou facilité les collectes d’argent. Les poursuites portent notamment sur l’escroquerie, l’abus de confiance, le faux et usage de faux, l’association de malfaiteurs et le blanchiment de capitaux. Un mandat de dépôt a été requis contre la principale mise en cause. Les responsabilités individuelles restent à établir par la justice.
Les escroqueries immobilières révèlent une crise profonde en Côte d’Ivoire autour du foncier
Une autre affaire concerne 800 souscripteurs de projets immobiliers liés à la mutuelle MUTADAFP. Chacun des plaignants affirme avoir versé 5 millions de francs CFA sans obtenir le bien promis. Réunis en collectif, ils réclament le remboursement intégral de leurs fonds et attendent le procès annoncé contre l’ancien responsable Abel Gnandé Bloa.
Ces escroqueries révèlent une crise profonde en Côte d’Ivoire autour de la terre. Les conflits fonciers, les accusations de spoliation et les déguerpissements alimentent le sentiment d’injustice d’une population confrontée à la difficulté de se loger. Les victimes réclament des enquêtes impartiales, la restitution de leurs économies et des sanctions contre les responsables reconnus coupables, y compris au sein du ministère de la Construction et de l’Urbanisme si nécessaire.





