« La dent : la décolonisation selon Lumumba », roman graphique de Nicolas Pitz et Pierre Lecrenier paru aux éditions Glénat, retrace le destin tragique de Patrice Lumumba, premier Premier ministre de la République démocratique du Congo. Cette BD pénètre dans la vie familiale et plus intime de cette figure majeure du panafricanisme et de la lutte pour les indépendances africaines, avec sa part d’humanité, de lumière et d’ombre.
« La dent : la décolonisation selon Lumumba » est une bande dessinée composée par les auteurs belges Nicolas Pitz et Pierre Lecrenier. Parue aux éditions Glénat, le 10 septembre 2025, elle traite du combat politique de Patrice Lumumba, un héros des indépendances en Afrique, dont la lutte inspire encore aujourd’hui la jeunesse du continent. Au cœur du récit se trouve un acte sinistre, la dent arrachée sur le cadavre du résistant africain par un mercenaire belge, fier de son « œuvre ».
Un policier belge raconte comment il a emporté la dent de Patrice Lumumba
L’ancien commissaire de police belge Gérard Soete, qui faisait partie du groupe de policiers chargés de la surveillance de Patrice Lumumba lors de son incarcération finale, a livré un témoignage glaçant au cours d’une interview télévisée réalisée en 2001. Tranquillement assis dans un fauteuil, face caméra, cet ex militaire exhibait deux dents qu’il aurait arrachées à la mâchoire de l’homme politique congolais après son assassinat par des mercenaires belges et leurs supplétifs congolais.
Le soldat belge raconte également, avec verve et sans aucune retenue, comment il a fait disparaître le corps de l’icône de la décolonisation et du panafricanisme, héros national de la République démocratique du Congo. Cette interview a fait grand bruit en Belgique, où les autorités refusent encore largement de reconnaître les crimes coloniaux du royaume. Ainsi, malgré le scandale, le pays a attendu 2022 pour restituer la relique au Congo.
Patrice Lumumba était classé comme un « nègre évolué »
Le Congo est à la Belgique, ce que l’Algérie représente pour la France. Cet immense territoire africain (plus de 2 millions de km2) a été colonisé par la Belgique avec une brutalité inouïe. Aujourd’hui encore, la mémoire reste vive. En particulier autour de l’assassinat de Patrice Lumumba, premier Premier ministre de la République démocratique du Congo en 1960.
Cet intellectuel africain a été « élevé » par le colonisateur au rang d’ « évolué », un titre qui lui a valu quelques égards de la part des autorités belges, mais qui lui rappelait aussi son infériorité dans l’échelle des valeurs du petit royaume européen. Son statut de privilégié lui a permis de se faire une place parmi les Blancs et ainsi d’entrer dans des cercles de puissants aristocrates, jusqu’à rencontrer le roi Baudouin en 1956.
Patrice Lumumba ne plaisait pas par sa franchise et ses relations avec l’ex URSS
Fort de sa situation d’« évolué », Patrice Lumumba avait régulièrement l’occasion de s’exprimer plus librement, notamment au sujet du projet de décolonisation qui devenait inévitable. Mais sa franchise, son ton parfois agressif et ses liens avec l’URSS lui ont valu l’inimitié des autorités belges au Congo. On lui préférait un homme docile pour diriger la RDC nouvellement indépendante (en 1960).
Face à la popularité de l’homme politique, le colonisateur a opté pour des stratégies diverses. Il a notamment poussé à la sécession du Katanga, une riche province minière. La Belgique a surtout attisé des tensions entre les héros de l’indépendance, dont Joseph Kasa-Vubu, Moïse Tshombé et Patrice Lumumba. Celui-ci sera finalement arrêté, torturé, humilié en public puis tué par des soldats belges et leurs supplétifs congolais, sur instruction de la CIA et malgré l’opposition de John Kennedy, dit-on.
« La dent : la décolonisation selon Lumumba » interroge la mémoire coloniale belge
Dans leur BD, Nicolas Pitz et Pierre Lecrenier montrent clairement les troubles, la violence de la crise congolaise jusqu’à l’assassinat de Patrice Lumumba. Leur œuvre débute par le moment télévisuel sur les confidences du soldat belge. Elle comporte un dossier ‘pour aller plus loin’ pour mieux connaître la vie du père de l’indépendance de la RDC, qui connaîtra après sa mort des décennies de dictature de Mobutu, un proche qui a contribué à son arrestation.
À travers leur roman graphique, les auteurs révèlent l’histoire du Congo de façon ludique aux plus jeunes. Ils interrogent aussi la mémoire coloniale belge, qui s’anesthésie pour ne pas supporter des crimes passés. « C’était un devoir de mémoire. Ce n’est pas que l’histoire des Congolais, c’est la nôtre […] On a laissé faire. On a gardé nos intérêts et pour le reste, démerdez-vous », analyse Pierre Lecrenier.





