Comme à son habitude quand il s’agit de parler aux Africains, Emmanuel Macron s’est encore illustré de la plus mauvaise des manières au sommet « Africa Forward » à Nairobi (Kenya). Entre un auditoire auquel il impose le silence, comme dans une salle de classe, et des pays africains qu’il traite d’ingrats pour avoir chassé l’armée française, on peut dire que le locataire de l’Elysée n’a pas du tout redoré son image et peut-être aussi celle de la France, malgré les investissements promis au continent.
Le sommet « Africa Forward » (« En avant l’Afrique »), coorganisé par la France et le Kenya, a eu lieu les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi. Cet événement majeur a réuni une trentaine de chefs d’État et de gouvernement africains pour discuter d’innovation, de croissance, de partenariats et d’investissements, avec un accent particulier sur l’avenir des relations franco-africaines. Il s’est tenu dans un contexte de tensions entre la France et plusieurs anciennes colonies, en particulier celles connues aujourd’hui sous le nom de l’Alliance des Etats du Sahel ou AES (Mali, Burkina Faso et Niger). Ces juntes militaires ont coupé les relations avec Paris et chassé sans ménagement l’armée française de leur territoire.
Emmanuel Macron « hyper fier » de son bilan
En marge du sommet Africa Forward, Emmanuel Macron a eu l’occasion de revenir sur cette relation tumultueuse, lors d’un entretien de 40 minutes accordé à RFI, France 24 et TV5 Monde. Au cours de cette interview, le président français a déclaré être « hyper fier » de son bilan, mais a dit regretter de ne pas avoir « repensé plus tôt » la présence militaire de la France en Afrique. Il pense qu’il aurait dû être « plus exigeant » (sûrement comme un père) avec les dirigeants sahéliens en place avant les coups d’Etat pour qu’ils lancent des « projets de développement » dans les territoires « repris aux terroristes », afin de détruire les germes des conflits.
Non, le Mali n’a jamais été ingrat
Emmanuel Macron a surtout dénoncé à nouveau « l’ingratitude » de la part des juntes militaires à l’égard de la France, qui les aurait sauvés du péril djihadiste en 2012 en empêchant le régime ami de Dioncounda Traoré de tomber. C’est vrai que l’armée française a effectivement stoppé l’avancée terroriste sur Bamako et le Mali ne l’a jamais nié. Le problème ne se situe pas à ce niveau. Il vient plutôt des relations des politiques français avec l’Afrique, des rapports de type colonialiste, mais surtout du contexte sécuritaire inchangé pendant la présence des armées occidentales.
Le Mali était soucieux de libérer les zones occupées par les rebelles et il a jugé bon de changer de partenaires. Si les résultats ne sont pas au rendez-vous aujourd’hui, c’est un droit souverain pour tout pays de tisser les relations qui lui conviennent. Il faut d’ailleurs noter que les juntes ne détestent pas la France en tant que nation et peuple, mais contestent la stratégie de l’Elysée en Afrique.
La jeunesse africaine accusée de se laisser manipuler
Au cours de son interview avec RFI, France 24 et TV5 Monde, Emmanuel Macron a en outre minimisé l’intelligence de la jeunesse africaine, dont une partie serait « poussée par certains activistes qu’on écoute parfois beaucoup », parlant certainement des panafricanistes comme le Franco-béninois Kemi Seba et la Franco-camerounaise Nathalie Yamb.
Toujours fidèle à lui-même, l’actuel locataire de l’Elysée a dénoncé « les récits qui sont faits par d’autres puissances, qui sont les vrais colonisateurs du XXIᵉ siècle et qui sont les Russes et d’autres (les Chinois on imagine) ». Sauf que les Russes ne sont pas sur le continent africain comme certains l’ont fait aux siècles derniers. Ils y sont à l’invitation de gouvernements et parfois à la demande de la population.
Emmanuel Macron continue d’avoir une attitude paternaliste en Afrique
Au sujet des Russes et Chinois, on devrait plutôt parler de prédation en Afrique et non de colonisation. Et la prédation est le fait de la plupart des grandes puissances. Emmanuel Macron devrait donc réviser son lexique. Tout ce qu’on peut dire de son intervention de mardi soir, c’est qu’il n’a rien appris de ses erreurs en Afrique. Il continue d’avoir la même attitude paternaliste, prenant les Africains pour de grands enfants manipulables à souhait par les autres, et à qui on doit tirer les oreilles pour rester du bon côté (de la France). Pour preuve, il a vivement réclamé le silence dans une salle au sommet Africa Forward, qualifiant le comportement de l’assemblée de « manque total de respect ». Pourtant, il y avait des modérateurs dans la salle pour intervenir.
Emmanuel Macron s’est moqué de Roch Marc Kaboré en 2017
Emmanuel Macron n’aurait jamais eu le courage d’imposer ainsi le silence dans des pays européens, asiatiques, américains et même nord-africains comme l’Algérie. Il se serait fait huer copieusement. Celui que ses propres compatriotes qualifient de « roitelet de France » nous a habitués à ce genre d’intervention hautaine en Afrique. On se souvient qu’en 2017, lors d’une rencontre avec la jeunesse à l’université de Ouagadougou, il avait osé se moquer du président burkinabé d’alors Roch Marc Kaboré, qui se retirait de la salle, tout frustré, en affirmant : « Du coup, il est parti réparer la climatisation ».





