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Nigeria : le Musée national de Lagos connait un engouement inédit depuis sa rénovation 

Le Musée national de Lagos, capital économique du Nigeria, attire du monde depuis la rénovation d’une de ses trois galeries. Des jeunes, des écoliers et des touristes affluent par centaines chaque jour pour contempler les œuvres qui y sont exposées et même prendre des selfies à côté d’elles. La galerie rénovée abrite l’une des collections les plus importantes du pays, comprenant des artefacts archéologiques et ethnographiques majeurs tels que des pièces de terre cuite du Ve siècle réalisées par le peuple autochtone Nok.

Au Nigeria, le Musée national de Lagos, une mégalopole de plus de 20 millions d’habitants et capitale économique du pays, a récemment rénové l’une de ses trois galeries. Blanche du sol au plafond, cette dernière a été restaurée de sorte à présenter l’histoire nigériane dans un environnement moderne et immersif. « Tout a été pensé intentionnellement, que ce soit la manière dont l’espace doit être perçu, les couleurs, la façon dont l’espace guide le regard », a déclaré à l’AFP Tinuke Odunfa, la décoratrice d’intérieur chargée de la rénovation.

La galerie abrite l’une des collections les plus importantes du Nigeria

Ouverte en avril dernier, la galerie rénovée est tapissée d’objets sous vitrine, classés chronologiquement du plus ancien au plus récent, chacun accompagné d’une brève note explicative. Elle abrite l’une des collections les plus importantes du Nigeria, comprenant des artefacts archéologiques et ethnographiques majeurs tels que des pièces de terre cuite du Ve siècle réalisées par le peuple autochtone Nok.

On y retrouve aussi des artefacts en cuivre des Igbo-Ukwu, deux grandes défenses d’éléphant gravées du XVIe siècle et des bronzes du royaume du Bénin restitués ces dernières années par des institutions allemandes, écossaises, néerlandaises et américaines.

Le Musée national de Lagos offre à voir quelques pièces de l’exposition permanente

Tous ces objets d’art et d’artisanat ont été pillés vers la fin du XIXe siècle par l’armée britannique lors d’expéditions punitives au cours desquelles l’actuelle Benin City, ancienne capitale du Royaume du Bénin et actuelle capitale de l’Etat d’Edo dans le sud du Nigeria, a été mise à sac. Le Musée national de Lagos offre en outre à voir quelques pièces de l’exposition permanente. En bois et en métal, celles-ci sont disposées de manière à ce que les visiteurs puissent les toucher et les sentir.

Élèves et étudiants affluent au Musée national de Lagos 

Pour 2,5 euros, les visiteurs accèdent au Musée national de Lagos. En plus des touristes étrangers, les Nigérians sont très nombreux à s’y rendre. En particulier les écoliers et les jeunes adultes, attirés par les espaces photogéniques. Ils y prennent des photos et vidéos qu’ils partagent ensuite en ligne. Des étudiants en pharmacie y ont même célébrer la fin de leur année, enchaînant les poses devant des plaques de bronze du Royaume du Bénin. L’établissement devient ainsi peu à peu une destination populaire parmi les « créateurs de contenu » de Lagos.

« Quand ils les touchent, il y a une sorte de connexion à leur héritage vivant »

Pour rendre l’expérience plus attrayante, les guides proposent aux visiteurs de toucher les œuvres d’art, mais avec précaution. Face à l’engouement du public, la conservatrice du musée, Nkechi Adedeji, se félicite de mettre le patrimoine nigérian à la portée de tous. « La nouvelle galerie nous a vraiment fait connaître. Tout le monde est invité à venir au musée : le grand public, les communautés qui nous entourent. Car il s’agit de notre identité, de notre héritage culturel. » a-t-elle dit.

La conservatrice pense que « les gens doivent connaître le musée et leur histoire » et qu’ils « ont besoin d’entrer en contact avec ces objets, en les touchant » pour communier avec eux. « Quand ils les touchent, il y a une sorte de connexion à leur héritage vivant », a-t-elle ajouté.

« Nous n’avons pas besoin qu’un autre pays protège nos œuvres d’art à notre place ». 

Pour Nkechi Adedeji, « cette rénovation montre que nous pouvons protéger et préserver nos objets nous-mêmes » et que « nous n’avons pas besoin qu’un autre pays le fasse à notre place ». En faisant une telle déclaration, la conservatrice s’adresse aux collectionneurs et conservateurs européens qui croient que les Africains n’ont pas les moyens et l’expertise nécessaires pour s’occuper convenablement des œuvres d’art.

Sur la base de ce préjugé, et peut-être aussi de l’appât du gain, certains musées occidentaux refusent encore de restituer les nombreux artefacts pillés pendant la colonisation qu’ils détiennent encore à ce jour, en dépit des accords de restitution signés par les autorités des deux continents.

Le Musée national de Lagos adresse un message au British museum

Parmi ces réfractaires figure le British museum. Le Musée national de Lagos a tenu à passer un message à cette institution r. Il a installé trois vitrines en verre où trône un écriteau « British Museum how far ?? », qui signifie en pidgin nigérian : « Quoi de neuf le British Museum ?? ».

Ce musée refuse de rendre un grand nombre d’œuvres pillées au Nigeria par l’armée britannique en 1897. Avec le temps, il le fera peut-être, même au compte-goutte. Fort du succès du Musée national de Lagos, les autorités nigérianes prévoient de reproduire l’expérience dans d’autres villes du pays. Mais il leur faudra trouver des financements privés suffisants pour mener à bien ce vaste chantier.

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