Aujourd’hui au centre des rivalités géopolitiques mondiales, en raison de leurs grandes réserves de minérais critiques, les pays africains ont tendance à choisir leur camp, croyant obtenir de meilleurs contrats avec les uns ou les autres. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ils ne gagneront rien à maintenir cette approche. Elle conseille plutôt de maximiser la transformation locale, les recettes publiques et les emplois durables.
L’Afrique possède des atouts géologiques considérables, dont les minerais critiques (graphite, lithium, cuivre, cobalt) aujourd’hui au cœur d’une bataille mondiale. Ces ressources naturelles sont très importantes pour les industries de pointe comme l’électronique, le spatial, l’automobile, la téléphonie et l’énergie solaire. Très courtisée dans cette course mondiale aux minéraux stratégiques, le continent a choisi de collaborer avec les différentes puissances intéressées par son sous-sol, sans forcément y trouver son compte.
« il y a de la place pour tout le monde », mais à certaines conditions
Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ce n’est certainement pas la bonne approche. Dans un rapport à présenter au cours de la neuvième édition de Mining on Top Africa (MOTA), qui se tient ce mardi 7 juillet au mercredi 8 juillet à Paris, en France, l’institution dresse les défis et opportunités du secteur minier africain, encore adossé sur la fameuse formule : « il y a de la place pour tout le monde ». Oui, il y a de la place pour tout le monde, mais il ne s’agit pas non plus de donner accès gratis et de façon naïf aux ressources minières africaines, semble dire l’OCDE. Il faut sortir de ce paradigme si le continent veut vraiment profiter de ses richesses.
Plusieurs pays africains ont appliqué des restrictions à l’exportation sur les minerais critiques
Dans son rapport à présenter aujourd’hui à Paris, l’OCDE note que certains pays ont eu l’idée d’imposer un embargo sur leurs exportations de minerais bruts et de concentrés, comme la RDC, le Zimbabwe, la Namibie, le Ghana, la Zambie, le Mozambique, l’Afrique du Sud et récemment la Guinée Conakry. Ces interdictions témoignent du fait que les Etats africains ont compris qu’ils ne gagnent rien à exporter des ressources brutes. Il n’y a pas de valeur ajoutée, en matière de revenus et d’emplois. Si cette politique est bonne, elle n’est pas accompagnée des infrastructures qu’il faut pour transformer sur place les produits extraits du sous-sol africain. Hormis le Maroc et l’Afrique du Sud, « il n’existe pas d’écosystèmes industriels intégrés capables de défier les transformateurs établis », constate l’OCDE.
Il faut une véritable politique nationale des ressources minières, prenant en compte tous les maillons de la chaîne
Si l’organisation ne condamne pas par principe les politiques d’embargo des pays africains, elle en souligne les limites. Selon elle, ces restrictions à l’exportation peuvent réduire les volumes disponibles, accroître la volatilité des prix et inquiéter les investisseurs. Cependant, soulignent l’OCDE, ces mesures peuvent appuyer la création de valeur locale lorsqu’elles sont ciblées, prévisibles et inscrites dans une politique industrielle crédible. Autrement dit, il ne suffit pas d’interdire la vente de minerais bruts ou de condensés. Il faut une véritable politique nationale des ressources minières, prenant en compte tous les maillons de la chaîne, comme les usines, l’électricité, les corridors logistiques, les compétences, le financement et les débouchés régionaux ou internationaux.
Il faut aussi sortir de la logique d’échange « minerais critiques contre routes »
L’OCDE s’attarde sur le sous-investissement chronique dans l’exploration, ce qui empêche la connaissance géologique des Africains de leur propre sol. En 2024, la part du continent dans les budgets mondiaux d’exploration était seulement de 10,4%, contre 16% en 2024. Cette régression est d’autant regrettable que 20% des nouvelles découvertes minérales se font en Afrique et que le coût moyen d’une découverte significative y est inférieur de 30% à la moyenne mondiale. Cet avantage reste inexploité à cause d’une absence de volonté politique réelle. Et ce ne sont pas les politiques de « minerais contre routes (ou infrastructures) », promues particulièrement par la Chine, qui changeront la donne et impulseront un développement local durable.





