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Maroc : un système défensif vieux de 4 000 ans découvert à Oued Beht

Au Maroc, des fouilles menées sur le site d’Oued Beht, dans la province de Khémisset, ont mis au jour le plus ancien et massif système défensif connu en Afrique du Nord hors de la vallée du Nil. Daté d’environ 4 000 à 3 500 ans avant J.C, cet ensemble est composé d’un fossé, d’un rempart en terre et d’un mur. Il témoigne d’une organisation collective déjà complexe à l’âge du Bronze.

Des fouilles conduites sur le site d’Oued Beht, dans la province de Khémisset, au nord-ouest du Maroc, ont mis au jour le plus ancien système défensif de grande envergure actuellement attesté en Afrique du Nord, hors de la vallée du Nil. Daté de 4 000 à 3 500 ans avant J.C, cet ensemble est constitué d’un fossé, d’un rempart en terre et d’un mur. Il témoigne du degré d’organisation atteint par les communautés de l’âge du Bronze, capables de concevoir et de réaliser des ouvrages collectifs d’une telle ampleur.

Plusieurs millénaires d’occupation à Oued Beht

Confirmée par 17 datations au radiocarbone, la découverte permet de retracer plusieurs millénaires d’occupation à Oued Beht. Elle nous révèle qu’après avoir accueilli une importante société agricole au Néolithique, le site s’est transformé à l’âge du Bronze, lorsque ses habitants ont fortifié une partie du promontoire. Cette évolution traduit des changements dans l’organisation sociale, l’accès aux ressources et les rapports entre communautés, tout en apportant de nouveaux éléments sur les échanges entre le Maghreb et la péninsule Ibérique.

Une importante activité artisanale et de stockage découverte à Oued Beht

Conduites depuis 2005, les recherches dévoilent les premières occupations d’Oued Beht, datées entre 3 500 et 2 900 avant notre ère. À cette époque, un vaste établissement agricole de 9 à 12 hectares a été érigé sur le site. On y cultivait alors du blé et de l’orge, en plus de l’élevage des animaux. Des milliers d’outils en pierre, des poteries et de nombreux silos dévoilent aussi une importante activité artisanale et de stockage. Selon l’archéologue et directeur des recherches Youssef Bokbot, la population aurait dépassé le millier d’habitants. Cette estimation renouvelle fortement les représentations des communautés préhistoriques nord-africaines.

Le rempart érigé face aux tensions apparues avec le développement de la métallurgie

Les fouilles récentes, notamment celles de 2023, ont permis de leurs côtés d’identifier au sud du village une occupation de l’âge du Bronze et un système défensif construit en plusieurs étapes. Ce dispositif comprenait un fossé, un rempart en terre pouvant atteindre environ six mètres de hauteur et une muraille. Sa construction a nécessité une planification et la mobilisation d’une main-d’œuvre importante. Pour Youssef Bokbot, cette transformation serait liée aux tensions apparues avec le développement de la métallurgie : « L’accès aux gisements de minerai n’étant pas égal pour tous les groupes, cela a créé des convoitises et des guerres. », a-t-il expliqué.

Des relations commerciales et culturelles avec les populations de la péninsule Ibérique également documentées

La richesse du sol aurait donc nourri des rivalités. Oued Beht se trouvait justement à proximité des ressources métallurgiques du Moyen Atlas et d’Oulmès, mais aussi d’une grande source de sel gemme, ou sel de roche, qui sert principalement à l’alimentation, au traitement de l’eau et à l’agriculture. En exploitant ces ressources, les habitants ont développé une production destinée en partie aux échanges, comme l’attestent les quelque 9 000 haches polies découvertes sur place. Des relations commerciales et culturelles avec les populations de la péninsule Ibérique sont également documentées, confirmant l’intégration du Maghreb occidental aux réseaux méditerranéens.

Oued Beht montre que les sociétés du Maghreb préhistorique maîtrisaient l’agriculture, l’artisanat, le stockage et les échanges à longue distance

Mais l’histoire du promontoire ne s’arrête pas à la préhistoire. Entre les XIᵉ et XIIIᵉ siècles de notre ère, l’ancienne structure défensive a été réutilisée et reconstruite, tandis qu’un habitat et un cimetière se sont développés à proximité. Le site constitue ainsi un témoignage rare de la réoccupation d’un même espace à plusieurs périodes pour faire face aux mêmes besoins et/ou menaces.

Les découvertes d’Oued Beht montrent que les sociétés du Maghreb préhistorique maîtrisaient l’agriculture, l’artisanat, le stockage, les échanges à longue distance et, dès l’âge du Bronze, des formes d’organisation capables de réaliser grands ouvrages défensifs. Désormais, les chercheurs souhaitent poursuivre les fouilles, notamment pour déterminer les liens entre les populations du Néolithique et de l’âge du Bronze. Youssef Bokbot plaide également pour la création d’un parc archéologique et écologique à Khémisset, afin de préserver et de valoriser scientifiquement et culturellement ce patrimoine exceptionnel.

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