Depuis plus de trois semaines, l’affaire Jeffrey Epstein, du nom du pédocriminel américain décédé en 2019, secoue la planète entière. Ce scandale sexuel éclabousse l’Occident, causant des démissions, des convocations et des prises de parole en cascade. Mais en Afrique, où plusieurs personnalités sont citées dans des mails disponibles sur Internet, un lourd silence pèse. À ce jour, aucun des individus mentionnés n’a pris la parole pour s’expliquer. Dans un continent où les dirigeants n’ont de compte à rendre à personne, cette situation n’étonne guère.
Comme l’avait promis Donald Trump lors de sa campagne présidentielle, le ministère américain de la Justice a publié fin janvier trois millions de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein, du nom du financier et pédocriminel américain mort en 2019 en prison. Cette affaire tentaculaire éclabousse le monde entier, provoquant démission, convocation et prise de parole en Europe et aux États-Unis principalement. En Afrique, où plusieurs personnalités sont pourtant citées dans les e-mails disponibles sur Internet, le silence est de rigueur. Ce mutisme est une insulte au peuple africain au regard de la gravité des faits imputés à Epstein.
Fiché délinquant sexuel depuis 2008
Né et élevé à New York, Jeffrey Epstein était un financier et homme d’affaires américain d’origine juive. En 2008, il a été condamné pour incitation à la prostitution de mineures et son nom a été inscrit au registre des délinquants sexuels. Il aurait dirigé un vaste réseau de trafic sexuel et organisé des soirées privées sur son île avec de nombreuses personnalités politiques ou culturelles. Parmi lesquelles figure Donald Trump, l’actuel président américain, son devancier à la Maison Blanche Bill Clinton, l’homme politique britannique Peter Mandelson, l’ancien ministre français de la culture Jack Lang et même le prince d’Angleterre Andrew. Des photos de certains d’entre eux avec de jeunes filles au visage flouté, jouant à des jeux sexuels, circulent même sur Internet.
Karim Wade et Nina Keita cités dans l’affaire Epstein
En Afrique, plusieurs personnes apparaissent également dans les dossiers, dont Karim Wade, cité abondamment (500 fois). Ses échanges présumés avec Jeffrey Epstein remontent au début des années 2010, alors il cumulait les ministères de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Énergie. Le fils de l’ex-président du Sénégal (2000-2012) Abdoulaye Wade aurait cherché à attirer des investissements américains dans son pays, sans qu’on n sache lesquels. En 2013, il a été arrêté et détenu trois ans pour des soupçons d’enrichissement illicite, avant de recevoir une grâce présidentielle. Les documents citent aussi Nina Keita, la nièce du président ivoirien Alassane Ouattara, bombardée à la tête de la Gestoci en 2019 par son oncle arrivé au pouvoir en 2011. Elle aurait effectué des voyages privés avec Jeffrey Epstein au cours desquels elle aurait demandé à l’homme d’affaires de mettre en relation le régime ivoirien et le Mossad.
La Fondation Zuma a émis la seule réaction du continent africain dans l’affaire Epstein
On retrouve aussi le nom de l’ex-président zimbabwéen Robert Mugabe (1987-2017), mort en 2019. Le leader de l’indépendance du Zimbabwe en 1980 a été le sujet d’un échange de mails entre le financier américain et l’entrepreneur japonais Joichi (Joy) Ito. Cet échange portait sur la dévaluation de la monnaie et l’économie locale. On peut enfin évoquer l’occurrence du nom Jacob Zuma. Dans un mail de mars 2010, un certain Mark Lloyd, qui se présente comme un ami de Jeffrey Epstein, propose une jeune femme pour apporter une touche de glamour au dîner réservé au président sud-africain lors de son voyage à Londres. La Fondation Jacob Zuma a nié tout lien avec Epstein et estime « l’affaire désormais close ».
En Afrique, les dirigeants ont un mépris extrême pour le petit peuple
C’est pratiquement la seule réaction officielle en Afrique sur cette affaire qui éclabousse pourtant plusieurs pays, notamment le Nigeria et le Kenya. Toutes les personnalités africaines citées dans ce scandale restent muettes à ce jour. Si l’apparition de leur nom dans les e-mails ne signifie pas qu’ils participaient au réseau criminel de Jeffrey Epstein (certains contacts pouvaient être simplement du pur business), les individus cités devraient au point s’expliquer ou s’exprimer pour apporter des précisions. Mais pour cela il faut avoir de la considération pour ses concitoyens. Dans un continent où les dirigeants politiques et les personnes influentes méprisent le petit peuple, on ne pouvait s’attendre qu’au mutisme. Et celui qui osera creuser davantage pourrait se retrouver derrière les barreaux, sans procès, pour « injures » et « diffamation ».





