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Afrique du Sud : le pays à nouveau secoué par des violences xénophobes

Depuis le 30 mars 2026, l’Afrique du Sud est en proie à des violences xénophobes. Plusieurs Subsahariens ont été agressés et dépossédés de leurs biens dans la province du Cap-Oriental en particulier. Les Sud-africains les accusent de voler leurs emplois, alors que le chômage et la pauvreté grandissante dans le pays trouvent leurs origines ailleurs.

Bis repetita. Depuis le 30 mars 2026, une nouvelle flambée de violences xénophobes vise les Subsahariens vivant en Afrique du Sud. Des bandes de Sud-africains les agressent physiquement et s’en prennent à leurs commerces, entrepôts et véhicules. D’abord cantonnées dans les quartiers d’Albany et de Buffalo, à KuGompo, dans le Cap-Oriental, ces violences se sont étendues au KwaZulu-Natal.

Tout est parti de l’installation du chef de la communauté Igbo à KuGompo 

Ce nouvel épisode de violences a éclaté après l’installation à KuGompo de Solomon Ogbonna Eziko au titre d’Eze Ndi Igbo, c’est-à-dire de chef de la communauté Igbo. Alors qu’il s’agit d’une pratique courante au sein des diasporas dans le monde entier, les Sud-africains ont interprété cet acte comme un couronnement officiel semblable à celui d’un élu…Ils se sont alors lancés dans la traque aux étrangers noirs. Plusieurs vidéos publiées sur Facebook montrent des commerçants jetés hors de leurs magasins et tabassés par des individus armés de gourdins. Des dizaines de Subsahariens ont été hospitalisés à la suite de ces attaques.

L’Afrique du Sud coutumière des violences xénophobes

Ces violences ne sont pas un fait nouveau en Afrique du Sud. Elles sont légion depuis les années 90. Des attaques meurtrières ont notamment eu lieu en 2008, 2015 et 2019. Les émeutes xénophobes de 2008 avaient fait 62 morts dans le pays et celles de 2015 au moins 7 victimes, principalement à Johannesburg et à Durban. En mars 2018, des dizaines de chauffeurs routiers ont également été tués sur la seule base de leurs origines, selon un rapport publié par l’ONG de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch (HRW). L’Université de Witwatersrand (province du Gauteng) a recensé de son côté 669 morts, plus de 5 310 commerces pillés et plus de 127 000 déplacements forcés entre 1994 et mars 2024.

Les dirigeants sud-africains très silencieux

Si des attaques xénophobes ont lieu partout dans le monde, le cas de l’Afrique du Sud inquiète davantage. En effet, aucune poursuite judiciaire n’est engagée contre les auteurs, qui agissent en plein jour devant les forces de police. Les autorités en parlent également peu. Leur silence peut passer pour une complicité ou une incitation. Il pourrait relever d’un cynisme de Prétoria quand on connait le motif des violences : le chômage croissant dans le pays (plus de 30% des adultes). Il est toujours préférable de reporter la colère de sa population sur les étrangers pour fuir ses responsabilités. Quant aux agresseurs, on ne comprend pas leurs revendications d’autant que les Subsahariens visés sont pour la plupart des commerçants, donc des self-made-men.

De profondes inégalités sociales à l’origine du chômage grandissant en Afrique du Sud

Leurs problèmes proviennent d’ailleurs, des échecs de l’ANC, parti au pouvoir depuis la fin de l’apartheid. Trois décennies de règne n’ont pas pu gommer les inégalités. La minorité blanche, qui représente environ 7,3 % à 9,5 % de la population, continue de détenir une part disproportionnée de la richesse et des terres du pays (72 % à 75 %). Le Black Economic Empowerment, une politique de discrimination positive mise en place par l’ANC, montre clairement ses limites. Dès lors, les Sud-africains feraient mieux de demander des comptes à leur gouvernement que de s’en prendre aux étrangers noirs.

L’Afrique du Sud doit se souvenir de la solidarité africaine pendant l’apartheid

Par ailleurs, le comportement des Sud-africains pourrait pousser les autres pays subsahariens à appliquer la réciprocité en s’en prenant aux ressortissants et actifs sud-africains sur leur sol. Et puis, il faudrait peut-être rappeler à ces agresseurs la solidarité africaine. Quand la population noire était soumise à l’apartheid, de nombreux pays africains leur ont apporté leur aide à l’Afrique du Sud. Certains, comme la Zambie, ont abrité le quartier général de l’ANC et ses camps d’entraînement militaire. D’autres comme le Nigeria, l’Angola, l’Algérie et l’Éthiopie ont fourni un soutien logistique, financier ou diplomatique au mouvement de libération. Il faut s’en souvenir.

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