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Vodoun Days : un festival pour déconstruire les stéréotypes

Du 8 au 10 janvier 2026, la ville de Ouidah, au Bénin, a accueilli les Vodoun Days, un événement visant à promouvoir et valoriser le Vodoun, un patrimoine culturel et historique commun à plusieurs pays d’Afrique de l’ouest et des Caraïbes. Ce festival devient au fil des années un rendez-vous international incontournable de l’art, de la spiritualité et de la mémoire africaine.

Du 8 au 10 janvier 2025, la ville historique de Ouidah, dans le sud du Bénin, a accueilli les Vodoun Days, un festival dédié à la promotion du Vodoun. Imaginé par le président Patrice Talon en 2016 et institutionnalisé par une loi votée en septembre 2024 (instaurant deux jours fériés à l’occasion de cette célébration), cet évènement culturel valorise le patrimoine vodoun, une spiritualité partagée par des pays d’Afrique de l’ouest (Bénin, Nigeria et Togo), des Caraïbes et d’Amérique du Sud (Haïti, Brésil, etc.). Comme la première, cette deuxième édition du festival à accueilli de nombreux touristes venus de partout dans le monde (Europe, Asie, Afrique) pour découvrir les secrets d’une religion ancestrale à travers laquelle ils affirment leur identité.

Le Vodoun souffre de nombreux préjugés

Pendant trois jours, les touristes et les locaux ont pu découvrir les rites, la danse, la musique, la mode, la poésie ou encore la chorégraphie liée au Vodoun, qui trouve ses racines premières au Bénin. Cette immersion du public a également eu lieu dans les lieux sacrés que sont les temples, couvents et forêts afin que les gens se départissent des idées reçues et préconçues et fassent corps avec la profondeur spirituelle dr cette religion. Il faut le dire, cette pratique souffre encore de nombreux préjugés, dont la principale est la sorcellerie. En effet, on accuse le Vodoun de faire appel à la sorcellerie ou à des forces maléfiques invisibles pour détruire l’humain ou ses projets.

Ni magie noire ni fétichisme

Ces idées sont véhiculées non seulement par des Occidentaux, mais aussi et surtout par les Africains eux-mêmes, nourris à la sève du Christianisme. Ces détracteurs du Vodoun le réduisent au fétichisme et au charlatanisme, d’où toute la négativité qu’on lui colle. Si des adeptes du Vodoun ont effectivement introduit la magie noire, notamment pour zombifier des êtres humains ou lancer des sorts terribles, cette religion n’a absolument rien à voir avec la sorcellerie. Selon le Comité d’organisation des Vodoun Days, « le Vodun n’est ni magie noire, ni animisme, ni fétichisme, mais une religion universelle et humaniste reliant l’humain et le divin ».

Le Vodoun, la communication entre deux mondes

Le professeur Mahougnon Kakpo, président du comité des rites vodoun, explique que le Vodoun est « une religion qui permet d’entrer en relation avec le monde spirituel à travers des rites, des chants et des objets sacrés ». Il est à cheval entre deux mondes qui se communiquent : le monde visible qui est celui des animaux, des plantes et des humains ; et le monde invisible, celui des divinités et des ancêtres.

Le professeur Kakpo précise qu’il y a des centaines de divinités, chacune avec ses spécificités notamment sa fonction, ses rituels et ses symboles. Dodji Amouzouvi, professeur en Sociologie à l’Université Abomey-Calavi du Bénin, qui a fait des recherches sur cette religion, confirme que celle-ci n’avait originellement aucun lien « avec la sorcellerie ni avec des pratiques maléfiques comme on tente de la peindre aujourd’hui ».

Les Vodoun Days ne visent pas à désacraliser cette religion

Prof Dodji Amouzouvi ajoute que « c’est une déité de l’ordre transcendant, un mystère, un dieu » et que « c’est la façon pour les négros africains de trouver une réponse aux questions existentielles de l’homme, une sorte d’intermédiation entre ce Dieu unique, Tout-puissant, et les hommes sur terre ». Il fait d’ailleurs remarquer que cette pratique à tous « les éléments fondamentaux d’une religion ».

Au-delà du sacré, le festival, dit-il, ambitionne de déconstruire les stéréotypes longtemps associés au Vodoun et de promouvoir une image de paix, de respect et de valeurs universelles. Toutefois, l’universitaire souligne qu’il ne s’agit pas de désacraliser des secrets que portent les couvents vodoun au Bénin ou ceux qui viendront d’autres pays.

Une approche touristique qui se cantonne à l’aspect artistique, culturel et spirituel

« Nous voulons révéler ce qu’est le patrimoine, mais ce qui reste sacré, ce qui fait partie des rites sacrés et donc des parcours initiatiques ne sont pas ce que nous voulons montrer. », nuance Sindé Tchekete, Directeur général de Bénin Tourisme, un des organisateurs des Vodoun Days. Selon lui, « cela fait partie d’une volonté personnelle d’aller vers cette religion », d’adopter « une approche touristique qui se cantonne à l’aspect artistique, culturel et spirituel ». Par conséquent, il est question de montrer ce patrimoine au monde, avec ses améliorations dans le contenu, de montrer ses types d’expression, sans entrer dans le sacré. L’objectif final est de faire du Bénin un véritable carrefour d’expression des religions traditionnelles et anciennes.

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