Parfois, il faut utiliser des moyens illégaux pour récupérer ce qui nous appartient. C’est l’esprit de « Relooted », un jeu vidéo qui propose de braquer des musées occidentaux pour reprendre les artefacts pillés lors de la colonisation en Afrique. Développé en Afrique du Sud par le studio Nyamakop, le titre se présente comme une arme politique, à l’heure des restitutions au compte-goutte.
« Est-ce du vol que de récupérer des objets volés ? », c’est la question posée par le jeu vidéo « Relooted » (« Repillés ») sorti le mardi 10 février 2026 sur plusieurs plateformes de jeu. Le principe de ce titre développé en Afrique du Sud par le studio Nyamakop est de constituer une équipe de « Robins des bois » africains pour reprendre à plusieurs musées occidentaux les artefacts africains qui s’y trouvent et qui ont été pillés lors de la colonisation. Ce braquage d’un autre genre n’est pas motivé par l’argent, mais par la volonté de restituer à l’Afrique ses objets culturels et spirituels emportés par l’ancien colon.
« Relooted » repose sur un pillage culturel à grande échelle, orchestré entre la fin du XIXe siècle et le XXe siècle
Pour comprendre l’idée du jeu, il faut replonger dans l’histoire. Pendant la colonisation de l’Afrique, les Occidentaux ont massivement pillé les artefacts du continent, entre la fin du XIXe siècle et le XXe siècle. On estime qu’environ 90 % des pièces d’art du patrimoine culturel de l’Afrique subsaharienne se trouve aujourd’hui hors du continent africain, et jusqu’à 90 000 de ces objets sont conservées dans les seules collections publiques françaises…Depuis quelques années, la France a initié un processus de restitution de ces artefacts, sans doute pour prendre ses distances avec l’Allemagne nazie qui pillait systématiquement les œuvres d’art des territoires occupés.
Des restitutions contraintes et au compte-goutte depuis quelques années
La France a notamment remis à la République du Bénin, ex Royaume du Dahomey, 26 œuvres hautement importantes, dont des statues anthropomorphes et des trônes royaux. Plus réticent, le Royaume-Uni a récemment consenti à faire quelques gestes. Le musée d’archéologie et d’anthropologie de l’Université de Cambridge a ainsi annoncé, le dimanche 8 février, la restitution au Nigeria de 116 artefacts de l’ancien Royaume du Bénin. Pour accélérer le processus, les pays africains eux-mêmes multiplient les demandes officielles, sans l’assurance d’obtenir gain de cause.
Dans « Relooted », une équipe de cambrioleurs africains organise des opérations pour dérober 70 artefacts cachés dans les musées occidentaux
Relooted se veut pourtant optimiste. Dans le jeu, à la fin du XXIe siècle (en 2099), les gouvernements ont signé un traité transatlantique qui promet de rendre les œuvres africaines aux pays dont elles sont originaires, mais uniquement quand elles sont exposées au public…Les musées et fondations privées ont exploité cette faille de l’accord, en remettant les artefacts africains dans les réserves. Dès lors, il n’y a plus lieu de les rendre.
Face à cette démarche malhonnête, une équipe de cambrioleurs africains décide d’organiser des opérations pour dérober 70 artefacts cachés dans les musées occidentaux. Les noms de ces établissements et les États ne sont pas spécifiés pour rendre sa pièce à l’Occident. Celui-ci a la mauvaise habitude d’uniformiser l’Afrique, vue comme un seul pays avec parfois un nom grotesque dans les œuvres de fiction.
Les artefacts récupérés sont entreposés au Musée des civilisations africaines de Dakar, avant d’effectuer leur dernier voyage
Parmi les braqueurs figurent la scientifique sportive Nomali, cerveau de l’opération, son frère Trevor, serrurier et expert en systèmes de sécurité, l’acrobate Ndedi, le hacker Cryptic et le chauffeur et fabricant de gadget Fred. En incarnant ces personnages, les joueurs doivent résoudre des énigmes, déjouer des systèmes, surmonter des obstacles et faire preuve d’esprit d’équipe et d’aptitudes athlétiques pour réussir leur mission. À la fin de l’aventure, ils sont invités à remettre les artefacts récupérés au Musée des civilisations africaines de Dakar, au Sénégal, un lieu bien réel . C’est le point de rassemblement des objets « volés », et c’est de là qu’ils partiront pour leur destination définitive, leur terre natale.
Une tentative générale de sensibilisation à la culture et à l’histoire africaine
Au cours du jeu, les gamers peuvent passer du temps à en apprendre davantage sur les objets, leur symbolisme et les communautés auxquelles ils appartiennent, dans la salle Hideout Room, inspirée du véritable château d’eau Northcliff surplombant la ville de Johannesburg. Ainsi, au-delà de l’aspect ludique, « Relooted » se présente comme une tentative générale de sensibilisation à la culture africaine, à l’histoire africaine et à l’ampleur du pillage des objets culturels pendant la colonisation.
« L’idée, c’est que la culture africaine est magnifique, incroyable et profondément intéressante. La plupart des gens dans le monde ne la connaissent pas assez, et ce jeu est vraiment un point d’entrée pour apprendre à mieux connaître le continent et ses cultures. », souligne Ben Myres, le directeur créatif et PDG de Nyamakop.
Le principe de « Relooted » irrite certains joueurs occidentaux
Selon le patron du studio sud-africain, il s’agit aussi de proposer un jeu où les joueurs africains et afro-descendants se sentent représentés, dans une industrie encore majoritairement blanche. Enfin, « Relooted » aurait une couche politique, en misant non pas sur le pillage mais sur la restitution légitime. Une approche qui ne plaît à certains joueurs occidentaux, même virtuellement. Alors ne parlons pas des restitutions physiques !
En France, notamment, certains dénoncent la politique de restitution d’Emmanuel Macron qui voudrait effacer le passé colonial français et ses « acquis » au nom du wokisme…On ne peut pas faire plus malhonnête, quand on a dénoncé notamment les pillages par les nazis des musées français lors de l’occupation allemande (1940-1944). Si certains ont raison de s’inquiéter de l’entretien de ces œuvres d’art en Afrique, il suffit simplement d’aider les pays africains à le faire convenablement. Et si c’est impossible, de signer des partenariats pluriannuels pour leur exposition et détention en Occident.





