L’élection présidentielle au Brésil se tient le 4 octobre prochain. Elle opposera le président sortant socialiste Lula da Silva au sénateur d’ultradroite Flávio Bolsonaro, un trumpiste assumé. Face à la possibilité d’une ingérence de Washington, des parlementaires démocrates ont écrit au secrétaire d’État Marco Rubio pour lui faire part de leurs préoccupations. Ils rappellent la série de pressions diplomatiques, économiques et politiques exercées ces derniers mois sur le pays par la Maison Blanche.
Au Brésil, la prochaine élection présidentielle aura lieu le 4 octobre pour le premier tour et le 25 octobre pour un éventuel second tour. Les deux favoris de ce scrutin très polarisé sont le président de gauche sortant, Luiz Inácio Lula da Silva (80 ans), qui brigue un quatrième mandat, et le sénateur conservateur Flávio Bolsonaro (45 ans), fils de l’ex-président Jair Bolsonaro (2019-2022), toujours en prison. On a d’une part un dirigeant soucieux de la souveraineté de son pays, et de l’autre un homme politique d’ultradroite ouvertement pro-Trump.
Les congressistes démocrates redoutent une ingérence américaine dans la présidentielle au Brésil
Craignant une répétition des scénarios argentin et colombien notamment, une trentaine de congressistes de l’aile gauche du Parti démocrate américain, dont Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, ont adressé un courrier au secrétaire d’État américain, Marco Rubio, pour réclamer que Donald Trump se tienne loin des élections brésiliennes. Dans leur lettre, ils expriment leur vive inquiétude face à une potentielle ingérence américaine dans ce scrutin. Ils évoquent une tentative concertée de l’administration Trump pour faire pression sur les autorités brésiliennes et influencer le climat politique du pays à la veille des élections.
Les États-Unis pourraient intervenir militairement au Brésil au prétexte de lutter contre les cartels de la drogue
Qualifiant les États-Unis de Trump d’« agent d’ingérence et de déstabilisation », les parlementaires démocrates demandent des explications sur les « pressions diplomatiques, économiques et politiques » exercées ces derniers mois sur Brasilia, telles que le classement en juin par Washington des gangs criminels Commando Vermelho et PCC comme « organisations terroristes ». Ils redoutent qu’une telle décision ouvre la voie à une intervention militaire des États-Unis sur le sol brésilien, comme ce fut le cas au Venezuela fin 2025. Les congressistes démocrates dénoncent aussi l’instauration de surtaxes douanières et la suspension, en août, du visa de l’ambassadrice brésilienne aux États-Unis.
Donald Trump est déjà intervenu directement dans des élections en Amérique du Sud pour faire élire ses alliés
Les parlementaires démocrates rappellent par ailleurs plusieurs épisodes récents confirmant leurs craintes. D’abord l’intervention de Donald Trump en Argentine pour faire élire Javier Milei en novembre 2023. Ensuite, en novembre 2025, le locataire de la Maison-Blanche a menacé les électeurs du Honduras de ne plus financer leur pays s’ils ne votaient pas pour Nasry Asfura, le candidat du Parti national du Honduras (PNH, droite). Ce dernier a été élu le 27 janvier 2026. Puis, en juin 2026, il était intervenu dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle en Colombie en donnant son « soutien total et absolu » à Abelardo de la Espriella et en vantant ses mérites. Même résultat.
Une vague trumpiste déferle sur l’Amérique latine
À force de pressions et de menaces, Donald Trump a réussi à placer plusieurs de ses pions à la tête des États d’Amérique latine. Outre Javier Milei, Abelardo de la Espriella et Nasry Asfura, il est parvenu à faire élire Daniel Noboa en Équateur et José Antonio Kast au Chili. D’autres pays comme le Pérou, la Bolivie ou le Paraguay sont également dirigés par des alliés du président américain, qui veut faire de l’Amérique du Sud une arrière-cour des États -Unis. Les inquiétudes des parlementaires américains sont d’ailleurs renforcées par une alerte récente des services de renseignement brésiliens. Dans un rapport transmis fin août à la présidence, au ministère de la Justice et au Tribunal supérieur électoral brésiliens, l’Agence brésilienne de renseignement (Abin) a évalué à un niveau « critique » le risque d’influence ou d’ingérence américaine dans les élections.
Donald Trump doit respecter les résultats des urnes au Brésil
Le document de l’Abin parle d’une escalade de la pression exercée par Washington, qui manœuvrerait également pour réduire la présence de la Chine en Amérique latine. L’objectif serait de mettre la main sur les ressources naturelles et les actifs stratégiques du pays comme au Venezuela. Alors que Lula da Silva et Flávio Bolsonaro sont au coude-à-coude dans les sondages en cas de second tour (37 % des intentions de vote pour le premier, contre 30% pour le second), les congressistes démocrates appellent l’administration Trump à reconnaître les résultats qui sortiront des urnes, si son poulain n’était pas élu. Le Brésil étant une démocratie reconnue, il faudra respecter le choix du peuple.





