Le mercredi 25 mars, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution qualifiant la traite des Africains et l’esclavage de « plus grave crime contre l’humanité ». Le texte appelle les États à agir pour la justice, à travers des excuses formelles, des compensations pour les descendants, la lutte contre le racisme et la restitution des biens culturels. Si 123 pays l’ont voté, 3 s’y sont opposés et 52 ont préféré l’abstention. Qu’est-ce qui motive l’attitude de ces derniers ?
L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU) a adopté, le mercredi 25 mars, une résolution qualifiant la traite des Africains et l’esclavage de « plus grave crime contre l’humanité ». Porté par le Ghana et son président John Dramani Mahama, le texte appelle les États à s’engager dans un processus de justice pour réparer les torts du passé, notamment par des excuses formelles, des compensations pour les descendants des victimes, des politiques de lutte contre le racisme et la restitution des biens culturels et spirituels pillés.
L’esclavage construit sur une idéologie raciste et une pseudo-science
Voyant poindre l’éternel argument de l’opportunisme, Samuel Okudzeto Ablakwa, ministre ghanéen des Affaires étrangères, a déclaré que les Africains n’exigent pas des compensations financières, mais des réparations matérielles via le financement de projets dans l’éduction, de programmes de formation professionnelle et la création de fondations dédiées pour soutenir les descendants de victimes. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a soutenu la résolution. Selon le diplomate portugais, « les partisans et bénéficiaires de l’esclavage ont construit une idéologie raciste, transformant des préjugés en pseudo-science » pour « justifier l’injustifiable ».
Le Bénin et Madagascar n’ont pas voté la résolution
Antonio Guterres note que les « blessures » causées par cet « ordre mondial pervers » sont encore « profondes ». Par conséquent, il appelle à « pointer du doigt le mensonge de la suprématie blanche » et à « travailler pour la vérité, la justice et la réparation ». Si la résolution a été adoptée par 123 pays, 52 se sont abstenus.
Parmi eux figurent le Bénin et Madagascar. L’abstention de ces deux Etats africains interpellent. Ils ont un passé lié à l’esclavage et à la traite des noirs davantage que les autres pays du continent. Le Bénin est historiquement associé à ces tragédies, notamment avec le port de Ouidah, d’où partaient des négriers. Quant à la Grande île, elle a été une plaque tournante de l’esclavage dans l’océan Indien. Alors pourquoi l’abstention ?
Rejet d’une hiérarchisation des crimes contre l’humanité
S’ils sont d’accord sur l’horreur de la traite des esclaves, le Bénin et Madagascar ont exprimé des réserves sur la formulation « crime le plus grave ». Ils jugent cette expression problématique car elle introduirait une classification entre crimes contre l’humanité. Plusieurs diplomaties ont la même lecture, dont la France. Paris, qui a également préféré l’abstention, dit regretter une hiérarchisation entre les crimes contre l’humanité et une mise en concurrence ainsi qu’une comparaison des tragédies historiques. Même argument de la part de l’UE et du Royaume-Uni qui, qui soulignent toutefois la monstruosité de l’esclavage.
Israël évidemment pas d’accord que l’esclavage soit le crime le plus grave de l’humanité
Outre ces pays qui se sont abstenus, 3 ont choisi de voter contre la résolution portée par le Ghana. Il s’agit d’Israël, des Etats-Unis et de l’Argentine. Pour Israël, on peut deviner le problème. Le pays souhaite certainement que la shoah ou l’holocauste reste le crime le plus grave de l’humanité. Quant aux Etats-Unis, on imagine que c’est par solidarité à l’Etat hébreu qu’ils ont voté contre ce texte.
C’est plutôt le vote de l’Argentine qu’on ne comprend pas…Sauf si on se penche un peu sur son histoire. Il faut rappeler que l’Argentine est la seule nation d’Amérique latine toute blanche, la population noire ayant été expurgée au fil du temps. On n’oublie pas, non plus, que c’est le pays qui a accueilli de nombreux dignitaires nazis en fuite, dont le sinistre médecin Josef Mengele.





