La Biennale de Venise, la plus grande exposition d’art contemporain au monde, ouvre officiellement ses portes ce samedi 9 mai et ce jusqu’au 22 novembre prochain. La présence de la Russie, qui gère un pavillon uniquement pendant les journées de préouverture (du 6 au 8 mai), a déclenché de nombreuses manifestations. En tête de la contestation, l’UE a menacé de retirer ses subventions à l’évènement. Mais l’organisation rejette toute politisation de la culture.
La Biennale de Venise, la plus grande exposition d’art contemporain au monde, démarre ce samedi 9 mai. Une préouverture sans le public a lieu du 6 au 8 mai, des journées réservées aux médias, institutions et initiés. S’il s’agit d’un évènement culturel, la politique s’est grandement invitée à cette édition à cause du retour de la Russie, bannie depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022.
Les Femen et Pussy Riot manifestent contre la présence russe à la Biennale de Venise 2026
Cette présence de la Russie ne passe pas auprès des opposants au Kremlin. Le jury international a déjà démissionné, il y a quelques jours. Pour pallier ce retrait, l’organisation a confié la désignation des lauréats du Lion d’or au public. La contestation se fait aussi sur place. Mercredi, à la première journée des préouvertures, les Femen et Pussy Riot ont organisé une manifestation sur le site des Giardini. Les militantes ukrainiennes et russes se sont présentées aux Jardins de la Biennale avec des cagoules, des seins nus et des slogans contre Vladimir Poutine. Elles ont été rejointes par une dizaine de protestataires polonais, dont des artistes. La police a dû déployer un imposant cordon aux abords du pavillon russe pour éviter tout débordement.
Bruxelles menace de suspendre le financement alloué à l’évènement
Sans surprise, l’UE s’oppose également à la présence russe. Mardi, la Commission européenne a menacé de suspendre le financement de 2 millions d’euros alloué à l’événement, si les organisateurs ne clarifiaient pas leur position. Selon Henna Virkkunen, commissaire européenne chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie, Bruxelles ne va pas donner « l’argent des contribuables européens » pour accueillir des pays ne respectant pas « les valeurs démocratiques et la liberté » de l’Europe. Dans un message sur Facebook, l’ambassadeur de Russie en Italie, Alexeï Paramonov, a lui critiqué la réaction et les menaces de l’UE. Il y voit « une obsession à frapper la culture et l’art russes » par tous les moyens.
La direction de la Biennale de Venise a 30 jours pour présenter sa défense
Ses lamentations n’y feront rien. L’Union européenne a donné 30 jours à la Biennale pour présenter sa défense, afin de ne pas perdre sa subvention. L’organisation doit s’expliquer sur les accusations de violation du règlement sur les sanctions. Il s’agit en particulier de la violation de l’article 5n du règlement. Celui-ci empêche « la fourniture de certains services » au gouvernement russe. Dans une première lettre, l’UE pointe également l’article 5t, selon lequel « il est interdit d’accepter des dons, des avantages économiques ou un soutien, y compris un financement et une assistance financière, directement ou indirectement » de la part de Moscou.
La Biennale de Venise n’est pas « un tribunal »
La direction de la Biennale de Venise a répondu qu’elle s’exprimerait en temps et en heure voulus. Dans une note à l’adresse de l’UE, elle assure avoir « vérifié et respecté toutes les normes nationales et internationales et également fourni des informations à ce sujet aux inspecteurs envoyés par l’autorité de tutelle du ministère de la Culture italien ». Resté silencieux depuis l’annonce de sa décision d’inviter la Russie, Pietrangelo Buttafuoco, le président de la Biennale, a défendu mercredi le besoin d’un dialogue entre les cultures. D’après lui, l’exposition est « un espace de dialogue au service de la paix, pas un tribunal ». Il note par ailleurs que la Russie n’est invitée que pour les journées de préouverture.
Une manifestation pro-palestinienne devant le pavillon israélien
La 61e Biennale d’art contemporain de Venise se tiendra dans les Giardini, l’Arsenale et Forte Marghera jusqu’au 22 novembre. Elle réunira des artistes venus de plus de 100 pays. Sept d’entre eux y participent pour la première fois, dont la Guinée, le Qatar et la Somalie. La sélection internationale réunit des artistes comme la musicienne et performeuse américaine Laurie Anderson, le plasticien franco-algérien Kader Attia, l’artiste visuelle nigériane Otobong Nkanga et la sculptrice kényane Wangechi Mutu.
Notons que l’Afrique du Sud a décidé de ne pas y prendre part. Le pays rejette une œuvre de son représentant sur Gaza, qui s’en prend à Israël, dont la présence ne dérange pas ceux qui s’opposent au retour de la Russie. Une centaine de manifestants pro-palestiniens se sont toutefois rassemblés mercredi midi devant le pavillon israélien.





