Depuis août, la Guinée est confrontée à une pénurie de cash. Les billets de banque se font de plus en plus rares au guichet. Cette situation est due à une thésaurisation des espèces, les commerçants et les ménages préférant garder leur argent sous le matelas que de le déposer dans les banques. Les autorités tentent de régler cette crise de confiance, tout en promouvant des solutions de paiement numériques.
Depuis fin août, les billets de banque ont presque disparu des guichets automatiques. Les fonctionnaires et autres salariés n’arrivent plus à retirer les montants souhaités, certaines banques ayant désormais plafonné les retraits. D’autres établissements affichent même « Hors service » au GAB ou DAB.
Près de 94 % des billets émis ne reviennent jamais dans le système bancaire
Si certains Guinéens pensaient qu’il s’agissait d’une crise de production de billets de banque, il n’en serait rien. Selon la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), il est plutôt question d’une crise de circulation. Lors d’un point de presse organisé le samedi 8 novembre 2025, son gouverneur, le Dr. Karamoko Kaba a révélé que près de 94 % des billets émis ne reviennent jamais dans le système bancaire. En d’autres termes, ils dorment sous les matelas, dans des coffres privés ou alimentent l’économie informelle.
La Guinée a commandé plusieurs lots de billets
Pour résoudre dans l’urgence la pénurie de cash, la BCRG a augmenté substantiellement les commandes avec les imprimeurs de billets. Fin août et début septembre, elle a réceptionné plusieurs conteneurs remplis de nouveaux billets, acheminés par avion. Ces nouveaux lots d’espèces ont servi à alimenter les guichets des banques commerciales et les distributeurs automatiques.
Cette opération visait à atténuer les difficultés rencontrées par les ménages et les entreprises dans leurs retraits quotidiens. « Plus de billets ne signifie pas plus de disponibilité si la circulation monétaire n’est pas rétablie », a reconnu la Banque Centrale. En d’autres termes, il faut mettre fin à la thésaurisation pour résoudre de façon pérenne la crise du cash.
Promouvoir les paiements électroniques pour réduire la dépendance au cash
La BCRG a fait plusieurs propositions en ce sens. Elle a demandé au gouvernement d’encourager la bancarisation et de ramener les espèces vers les comptes officiels. L’institution a également invité à promouvoir les paiements électroniques pour réduire la dépendance au cash et à renforcer la confiance dans le système bancaire à travers des réformes et la sensibilisation. En outre, elle souhaite accélérer la digitalisation avec tous les acteurs du secteur bancaire pour rendre les paiements plus simples, plus rapides et moins coûteux. Avec l’assistance technique de la Banque mondiale, la BCRG et Conakry travaillent enfin au déploiement d’un système de paiement de type Mpesa, un système de paiement marchand en vigueur au Kenya.
La Guinée compte 11 opérateurs de monnaie électronique agréés (EME)
Par ailleurs, la BCRG appelle à prendre en exemple le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Dans ces deux pays, la monnaie électronique est fortement ancrée dans les habitudes des populations. Celle-ci ont recours aux solutions de Mobile Money (MTN Money, Orange Money) ou Wave pour régler une facture, acheter des produits ou se déplacer. Ces paiements digitaux fluidifient les transactions et réduisent la dépendance au liquide.
La Guinée compte déjà 11 opérateurs de monnaie électronique agréés (EME), mais seulement 26% des Guinéens majeurs disposent d’un compte de monnaie électronique. Il faudrait donc inciter le reste des actifs à adopter massivement des solutions numériques, et à avoir confiance au système bancaire pour augmenter le taux de bancarisation.





