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Cuba : Washington s’attaque au programme de médecins de l’île

Jeudi 9 avril, Cuba a accusé les États-Unis de pressions sur les pays d’Amérique du Sud pour qu’ils résilient leurs accords de coopération médicale avec La Havane. Selon l’île communiste, l’objectif serait d’« étouffer » l’économie cubaine. Ce qui s’inscrirait parfaitement dans les plans de Donald Trump, qui a promis de s’occuper de ce petit territoire une fois qu’il en aura fini avec l’Iran.

Depuis plus de cinq décennies, les Etats-Unis imposent des sanctions économiques très dures à Cuba, sous prétexte que c’est un pays communiste doublé d’une dictature. Mais l’île ne plie toujours pas. Elle est résiliente. Alors, Donald Trump a récemment décidé de « s’occuper » d’elle, une fois qu’il en aura fini avec l’Iran. Pour préparer le terrain, le président américain s’est attaqué au Venezuela, principal fournisseur de pétrole de à la Havane, et mis en place un blocus maritime. Comme ça ne suffisait pas, il a décidé de s’attaquer à une autre source de revenus de l’île.

Cuba accuse les Etats-Unis de torpiller son programme de médecins à l’étranger

Jeudi 9 avril, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a accusé les États-Unis de faire pression sur les pays d’Amérique latine pour qu’ils résilient leurs accords de coopération médicale avec La Havane, afin d’« étouffer » l’économie cubaine. « Le gouvernement américain persécute, fait pression et extorque d’autres gouvernements pour mettre fin à la présence des Brigades médicales cubaines dans divers pays, sous des prétextes mensongers », a révélé le chef de la diplomatie cubaine sur X.

Ses déclarations sont crédibles, puisque quelques jours plus tôt, des pays de la région (Guatemala, Honduras, Jamaïque et Guyana) ont subitement mis fin au programme de médecins à l’étranger de Cuba. Une initiative pourtant en place depuis plus de vingt ans dans ces Etats, et qui a fait ses preuves.

24 000 médecins et autres professionnels de santé cubains travaillaient dans 56 pays en 2025

Développé dans les années 1960, le programme d’envoi de médecins à l’étranger de Cuba permet de déployer des missions de solidarité dans les pays sous-développés ou en voie de développement, principalement en Amérique, en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. Selon les données officielles, quelque 24 000 médecins et autres professionnels de santé cubains travaillaient dans 56 pays en 2025.

M. Rodriguez confirme que les brigades médicales cubaines « accomplissent des missions solidaires dans des lieux difficiles d’accès, contribuent au développement de systèmes de santé grâce à des ressources humaines expérimentées » et que le « personnel est recruté de manière volontaire, légale et souveraine », en accord avec les normes internationales.

Washington et la CIDH s’y mettent pour critiquer le programme de médecins à l’étranger de la Havane

Mais le département d’Etat américain, dans une propagande infeste dont il nous a habitués depuis l’élection de Donald Trump, accuse Cuba d’escroquer le sud global et d’exploiter ses médecins. Il évoque de prétendues missions médicales dont les bénéfices reviendraient en grande partie au régime, au détriment des praticiens et des Cubains privés de soins médicaux, dont ils auraient désespérément besoin.

La Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a remis une couche, comme une antenne relais de la Maison Blanche. Dans un rapport publié la semaine dernière, l’organisme basé à Washington se dit alarmé par des « retenues salariales massives », des « confiscations de passeports » et des « menaces de prison » contre ceux qui abandonnent une mission à l’étranger. Il avance comme preuve 71 témoignages recueillis auprès de professionnels de santé cubains, principalement au Venezuela.

Le médecin cubain à l’étranger largement mieux payé que son collègue resté au pays

Pourtant ce n’est pas ce que disent de nombreux rapports d’organisations internationales spécialisées. Notamment ceux du PNUD, l’UNICEF et l’OMS. Le professeur Salim Lamrani fait une synthèse de ces rapports dans un article intitulé « Le système de santé à Cuba : origine, doctrine et résultats », et mis en ligne en Juillet 2021 sur le portail de livres et de revues scientifiques OpenEdition Journals.

Le chercheur au CRIMIC de l’Université de Sorbonne y indique que dans les années 2010, pour une mission payée à 3000 euros, le médecin cubain à l’étranger recevait 900 dollars, soit près de dix fois plus que son collègue resté au pays. Sans compter que La Havane couvre ses frais de séjour (logement et alimentation). Le reste du montant, environ les deux-tiers, sert à financer le système de santé de Cuba ainsi que les missions médicales dans les pays à faibles revenus. En effet, seuls les Etats à revenus moyens ou élevés paient pour bénéficier du programme, qui est gratuit pour les pays pauvres.

Cuba offre des soins gratuits et très pointus à sa population

Ainsi, même si la coopération médicale internationale constitue la première source de revenus de Cuba – plus de sept milliards de dollars par an – devant les transferts d’argent familiaux et le tourisme, Cuba n’exploite pas ses médecins comme le prétendent Washington et ses relais. En tout cas pas plus que de nombreux pays dans le monde, qui ne rendent d’ailleurs pas un tel service aux autres.

Selon les chiffres de l’OMS, Cuba a réalisé près de 600 000 missions dans 158 pays entre 1959 et 2020, avec la participation au total de 326 000 professionnels de la santé. Non seulement l’île se montre solidaire des autres nations, mais également elle offre des soins gratuits et très pointus à sa population, qui a une espérance de vie très élevée (79%).

Cuba aide les pays pauvres, Donald Trump les asphyxie ou leur coupe des aides précieuses

Aussi, Cuba a réussi à éradiquer de nombreuses maladies qui sévissent encore dans les Etats sous-développés. Et cela grâce à son expertise médicale reconnue mondialement, incarnée par l’Ecole latino-américaine de médicine de La Havane (ELAM), qualifiée par les Nations unies d’« école médicale la plus avancée au monde ». La plupart des étudiants de cet établissement sont issus des milieux défavorisés de l’île et d’Amérique du Sud.

Une grande partie de leurs études est prise en charge. Et tout cela malgré les sanctions économiques ! Si le programme international de médecins de Cuba n’est pas parfait, il faut l’aider à l’être au lieu de le torpiller. Cette initiative aide de nombreux pays pauvres. Et c’est une bouffée d’oxygène au moment où ce même Donald Trump retire les subventions et financements à l’USAID et à d’autres programmes humanitaires.

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