Sur la carte de Mercator, la référence mondiale en matière de représentation de la Terre depuis près de 4 siècles, l’Afrique apparaît dans les mêmes proportions que le Groenland. Pourtant, avec ses 30,37 millions de km2, elle est le deuxième plus grand continent de la Terre derrière l’Asie. Pour corriger sa taille, le Togo va porter, au nom de l’Union africaine (UA), une résolution à l’ONU en septembre prochain. Cette initiative vise à décoloniser la géographie.
Avec ses 30,37 millions de km2, soit 20% de la superficie de la Terre, l’Afrique est le deuxième plus grand continent du monde derrière l’Asie (44,58 millions km²). Pourtant, sur la carte de Mercator, elle apparaît dans les mêmes proportions que le Groenland, treize à quatorze fois plus petit (2,5 millions de km2). La projection de Mercator, du nom du cartographe flamand qui l’a inventée au XVIᵉ siècle, est la référence en matière de représentation du globe terrestre. Pensée à des fins de navigation, elle déforme la taille des continents, en agrandissant les régions proches des pôles, comme l’Amérique du Nord et le Groenland, tout en réduisant l’Afrique et l’Amérique du Sud.
Le Togo va porter une résolution à l’ONU pour remettre la carte de Mercator dans les bonnes proportions
Si Google Maps a abandonné cette carte inexacte au profit d’un globe 3D sur ordinateur en 2018, la plupart des applications, manuels scolaires et institutions continuent de l’utiliser car elle reste le modèle historique. Mais en Afrique, beaucoup de gens ne veulent plus s’en accommoder. Pour eux, cette projection déforme sciemment la réalité, avec des arrière-pensées…
Face aux plaintes récurrentes, l’Union africaine (UA) a décidé d’agir. Elle exige la confection d’une nouvelle carte avec des proportions justes. Pour se faire, l’organisation a demandé au Togo de porter une résolution en septembre prochain devant l’Assemblée générale des Nations unies. Baptisée projection « Equal Earth », l’initiative est accompagnée par la campagne « Correct the map » (Corrigez la carte).
La correction de la carte de Mercator a d’abord une valeur scientifique
Si ce projet ne va rien changer à la situation socio-économique et sécuritaire de l’Afrique – comme certains détracteurs le mentionnent – rétablir la réalité reste une entreprise primordiale. Dans ce cas-ci, il y a plusieurs raisons. Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, explique que la correction a d’abord une valeur scientifique, car elle rétablit la vérité. Il affirme ensuite que la nouvelle carte apportera une nouvelle vision de l’Afrique, un nouveau narratif aux jeunes apprenants africains. Elle déconstruirait l’idée selon laquelle le continent est à la remorque de l’Histoire universelle ou à la périphérie de l’Humanité.
Robert Dussey ne veut pas voir des pays africains s’opposer à ce projet
Robert Dussey évoque en outre une valeur historique. Selon lui, les Africains comprendront que leur continent a joué un rôle majeur dans les dynamiques historiques mondiaux. Dès lors, ils auront plus de courage de discuter, de manière responsable et égale, avec tous les partenaires qui travaillent en Afrique.
Le diplomate togolais pense par ailleurs que cette initiative à l’ONU permettra de connaître les pays africains qui rament à contre-courant de l’intérêt du continent. Comme ce fut le cas lors du récent vote de la résolution visant à faire de l’esclavage et de la traite négrière les crimes les plus graves de l’Humanité. « Nous n’allons pas revoir encore les mêmes pays amis, s’abstenir de voter cette résolution en préparation aux Nations unies » a déclaré le ministre, qui appelle vivement à « décoloniser la géographie ».





