AfriqueUne

SG des Nations Unies : Macky Sall, un candidat pas à la hauteur ?

Auditionné mercredi dernier devant l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, Macky Sall fait partie des quatre prétendants à la succession d’Antonio Guterres avec la Costaricienne Rebeca Grynspan, la Chilienne Michelle Bachelet et l’Argentin Rafael Grossi. Mais la candidature de l’ancien président sénégalais ne séduit pas en Afrique, y compris dans son propre pays. Si certains pointent la fin chaotique de son second mandat présidentiel, d’autres jugent qu’il n’a pas l’étoffe d’un SG de l’ONU.

Après deux mandats consécutifs de cinq ans (de 2017 à 2021 et de 2022 à 2026), Antonio Guterres doit quitter son poste de secrétaire général des Nations Unies le 1er janvier 2027. Pour remplacer le diplomate portugais, quatre personnalités sud-américaines et africaine ont annoncé leur candidature et ont même déjà passé le « grand oral » devant l’Assemblée générale de l’ONU à New York, aux Etats-Unis. Il s’agit de Rebeca Grynspan (Costa Rica), Michelle Bachelet (Chili), Rafael Grossi (Argentine) et Macky Sall (Sénégal).

Macky Sall veut restaurer la confiance en l’ONU en cas d’élection

Devant les 193 membres de l’Assemblée générale des Nations Unies, l’ex président sénégalais Macky Sall a déclaré que s’il a « l’honneur de servir comme secrétaire général, [sa] première priorité sera de contribuer à restaurer la confiance, apaiser les tensions, réduire les fractures et redonner espoir dans notre action collective », alors que l’ONU n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Le représentant de l’Afrique dit pouvoir compter sur son expérience de 40 ans de responsabilité publique, l’ayant conduit de fonctionnaire junior à président de la République du Sénégal en passant par président de l’Assemblée nationale et Premier ministre.

Macky Sall pas soutenu par l’UA ni par son propre pays

A bien des égards, Macky Sall dispose d’un profil politique et diplomatique assez intéressant. Ancien chef d’État, il a notamment présidé l’Union africaine en 2022, où il a porté le plaidoyer pour une meilleure représentation de l’Afrique dans la gouvernance mondiale. Un effort qui a permis d’obtenir un siège de l’UA au G20. Mais l’ancien président sénégalais part avec un gros handicap. Il n’a pas le soutien de l’Union africaine (UA) en raison de l’opposition d’environ 20 États africains dénonçant des vices de procédure dans la manière dont sa candidature a été soumise au nom de l’UA par le Burundi, qui assure actuellement la présidence de l’organisation. Parmi les opposants de poids figurent l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Rwanda et le Nigeria. Pis, son propre pays ne le soutient pas, à cause des divisions politiques internes.

« Il n’a pas la carrure ni les qualités requises »

Au Sénégal, on n’a pas oublié la période des violences politiques entre 2021 et 2024. Pour les opposants à Macky Sall, ces événements le disqualifient. Il ne mériterait pas de diriger une institution comme les Nations, avec du sang sur les mains. Le président du groupe parlementaire PASTEF (au pouvoir) Mohamed Ayib Daffé évoque, lui, un déficit de crédibilité et d’expérience. À ses yeux, l’ex chef d’Etat « n’a pas la carrure ni les qualités requises » pour diriger une institution de cette envergure. Une grande partie de la population africaine partage son opinion. Elle pointe un manque de personnalité et un penchant à la subordination. La jeunesse africaine réclame une personnalité de la poigne de l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali (1992-1996) et du Ghanéen Kofi Annan (1997-2006), les deux seuls SG africains de l’histoire de l’ONU.

Des poids lourds de la diplomatie mondiale face à Macky Sall

La candidature de Macky Sall parait d’autant faible qu’il y a des poids lourds en face. En premier lieu l’Argentin Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA depuis 2019. C’est ce diplomate de carrière qui gère le programme nucléaire iranien et le dossier de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, occupée par les forces russes. Ensuite la Chilienne Michelle Bachelet, première femme présidente du Chili (2006-2010 puis 2014-2018) et ancienne Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. Même si celle-ci est mal vue par la Chine pour un rapport accablant sur le sort de la minorité des Ouïghours et par les Etats-Unis pour ses positions pro-avortement, elle est bien partie pour prendre la relève de Guterres tout comme Rebeca Grynspan.

Vers un premier secrétaire général femme

En effet, les planètes sont bien alignées cette année pour qu’une femme devienne secrétaire générale de l’ONU. Jusqu’à ce jour, seuls des hommes (au nombre de 9) ont occupé ce poste, refusé aux ressortissants des pays détenteurs du droit de veto (Etats-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni) pour éviter des conflits d’intérêts. Par ailleurs, la rotation géographique à la tête des Nations Unies veut que la fonction de SG revienne à l’Amérique latine en 2027. Même si cette règle n’est pas toujours respectée (en 2017 c’était autour de l’Europe de l’est quand Guterres a pris le poste), il y a de fortes chances que cette région l’emporte avec ses trois candidatures de poids face à un représentant africain que personne ne soutient.

Autres articles à voir

Bouton retour en haut de la page