AfriqueSociétéUne

Afrique du Sud : les étrangers « illégaux » ont jusqu’au 30 juin pour rentrer dans leur pays

Ces derniers jours, le Nigeria, le Ghana et le Malawi ont rapatrié plusieurs centaines de leurs ressortissants depuis l’Afrique du Sud, craignant pour leur sécurité après de violentes manifestations contre les immigrés. Ce climat de peur est entretenu par des groupes xénophobes, comme le mouvement Dudula, qui exige désormais le départ des étrangers dits illégaux d’ici la fin du mois de juin. Le gouvernement sud-africain, lui, reste un observateur passible de la situation et parfois semble soutenir les milices.

Difficile d’y croire pour une nation qui sort de l’apartheid. Et pourtant c’est vrai. La xénophobie pue à plein nez en Afrique du Sud, contraignant plusieurs pays d’Afrique à rapatrier leurs ressortissants. Comme le Nigeria, le Ghana et le Malawi, qui ont récupéré plusieurs centaines de leurs compatriotes ces derniers jours, craignant pour leur sécurité après de violentes manifestations contre les immigrés.

Les violences xénophobes ont débuté en avril

Cette vague de violences en Afrique du Sud a été déclenchée en avril dernier par le mouvement citoyen « March and March », qui a organisé des manifestations anti-immigration à Prétoria, Johannesburg et Durban. Mais les attaques xénophobes sont surtout incarnées par le mouvement Operation Dudula (signifiant » »expulser » en zoulou), qui lance régulièrement des opérations de contrôle des étrangers dits clandestins. Ce groupuscule de désœuvrés vise en particulier les Subsahariens, dont les commerces sont saccagés et pillés en règle.

Les contrôleurs autoproclamés d’Afrique du Sud

Au cours de ces expéditions punitives, les membres du groupe Dudula et leur chef n’hésitent pas à passer à tabac tous ceux qu’ils soupçonnent d’être des immigrés illégaux. Pourtant, certaines vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent que de nombreux étrangers ont leurs papiers en règle. Ce qui n’empêche pas les contrôleurs autoproclamés de s’en prendre à eux. D’où l’idée que les Sud-africains sont animés d’une certaine jalousie envers leurs frères africains. Cela est d’autant vrai que l’économie sud-africaine est largement contrôlée par la minorité blanche. Mais l’homme noir est le parfait bouc émissaire. Personne ne va le plaindre, contrairement aux descendants des Boers soutenus par Donald Trump et Elon Musk.

Déjà plusieurs morts au sein des Mozambicains et Ethiopiens

Les miliciens de Dudula accusent les Subsahariens de leur voler leurs emplois, alors qu’ils n’attaquent que des commerçants et entrepreneurs. Ils en veulent même aux étrangers de leur voler leurs femmes…On a affaire ici au discours classique des xénophobes et des racistes. Malheureusement les violences font des victimes. En Afrique du Sud, elles ont déjà causé la mort d’au moins cinq Éthiopiens et cinq Mozambicains, tandis que des milliers d’autres personnes cherchent à fuir pour échapper aux violences. Selon l’Agence sud-africaine de statistiques, environ 3 millions d’étrangers vivent dans le pays, soit 5,1 % de la population.

Les étrangers doivent quitter l’Afrique du Sud d’ici le 30 juin

Si les arguments des miliciens sont tout à fait farfelus, cela ne les empêche pas de donner un ultimatum aux immigrés « illégaux » : ils souhaitent les voir quitter l’Afrique du Sud d’ici le 30 juin au plus tard. Passé ce délai, on suppose, ils ne « retiendraient » plus leurs coups. En mai, un leader de Dudula avait posté sur X un document présentant cette échéance comme une consigne officielle, émanant du ministère de l’Intérieur sud-africain. Ce dernier a promis de renforcer son action contre les immigrés clandestins, après avoir déjà rapatrié plus de 3 000 étrangers.

Des autorités sud-africaines complices

Le ministère de la Justice s’y met aussi, en assurant que des responsables gouvernementaux seraient déployés partout dans le pays pour évaluer et renforcer la visibilité des inspections, tout en feignant de demander à ce que « tout cela se fasse dans le cadre de la loi ». Le terme « feindre » est bien employé car les violences ont visiblement lieu avec l’assentiment du gouvernement sud-africain, sinon avec sa passivité coupable. En effet, de nombreuses vidéos montrent les forces de police assistant aux agressions comme des spectateurs. Certains policiers semblent même encadrer les miliciens.

Le président Cyril Ramaphosa inaudible, s’il parle à peine

Inaudible depuis le début de la crise, le président Cyril Ramaphosa, qui ressemble plus à un fantoche qu’à un chef d’Etat, a lui aussi promis de durcir la politique migratoire avec plus de contrôles aux frontières, un renfoncement du contrôle des embauches ainsi qu’une modernisation du système migratoire. Il faut comprendre le pauvre. Il tente de calmer les manifestants à l’approche des élections municipales de novembre, après avoir échoué complètement à juguler le chômage des jeunes, lui et son ANC des grandes promesses raciales.

L’Afrique du Sud n’a plus rien à voir avec son surnom de nation arc-en-ciel

Si l’Union Africaine (UA), l’antichambre de l’UE, reste largement muette, les ONG et les Nations Unies ont le courage d’appeler au respect de la dignité humaine ainsi que des droits de l’homme. Elles rappellent que ce n’est pas aux civils de faire la chasse aux immigrés illégaux, qui plus est dans la violence. Dans un Etat de droit comme l’Afrique du Sud, censé être la première puissance économique d’Afrique, il revient aux forces de l’ordre d’appliquer la politique migratoire du gouvernement. En attendant que la situation s’améliore, les Africains ont décidé de ne pas supporter l’Afrique du Sud à la Coupe du monde de football. Ce pays n’a plus rien à voir avec son surnom de nation arc-en-ciel.

Autres articles à voir

Bouton retour en haut de la page