Après l’envoi réussi de Gaindesat-1A en 2024, le Sénégal franchit un nouveau cap dans son programme spatial Sensat. Le pays finalise actuellement l’assemblage de Gaindesat-1B, un nanosatellite d’observation environnementale conçu cette fois sans l’assistance technique directe de la France, et construit parallèlement le nouveau siège de son agence spatial près de Dakar. Avec ces projets, le pays ambitionne d’atteindre sa souveraineté technologique dans les prochaines décennies.
En 2024, le Sénégal a lancé son premier satellite Gaindesat-1A (« Gainde » signifie « lion » en wolof), dans le cadre de son programme spatial Sensat, avec l’appui de l’Université de Montpellier (France). Des ingénieurs sénégalais avaient alors appris, aux côtés de leurs collègues français, à assembler la structure dans un laboratoire spécialisé. Il s’agissait pour eux de renforcer leur savoir-faire avant de rapatrier progressivement la production dans leur pays.
Le Sénégal souhaite désormais construire son propre programme spatial
Deux ans après ce partenariat clé, le Sénégal souhaite désormais construire son propre programme spatial. Le pays termine actuellement l’assemblage de Gaindesat-1B, un nanosatellite d’observation monté cette fois sans l’assistance technique directe d’équipes étrangères. Le directeur général de l’Agence sénégalaise d’études spatiales (Ases), Maram Kairé, a révélé ce projet le mercredi 9 septembre, depuis Paris, où il participait au premier Sommet international sur l’espace. Cet évènement est consacré aux grands enjeux liés à l’espace, notamment la sécurité spatiale, la compétitivité économique, la gouvernance responsable et l’exploration.
Gaindesat-1B doit collecter des données environnementales et climatiques
Selon Gayane Faye, docteur en télédétection spatiale et coordonnateur du projet Sensat, Gaindesat-1B est conçu pour collecter des données environnementales et climatiques. Il précise que le satellite s’inscrit dans une volonté d’indépendance technologique du Sénégal, pays où la souveraineté est devenue le maître mot depuis l’arrivée au pouvoir en avril 2024 du binôme Diomaye Faye – Ousmane Sonko. « Nous avons supprimé la phase d’accompagnement extérieur (…) Nous maîtrisons le processus de fabrication », souligne M. Faye. Le responsable de Sensat ajoute que le programme reflète aussi la course que se livrent les agences spatiales africaines, désireuses de conquérir leur part de cette nouvelle frontière.
Le Sénégal travaille également sur le futur siège du programme Sensat
Pour renforcer ses ambitions dans l’espace, le Sénégal travaille également sur le futur siège du programme Sensat, actuellement en préparation près de Dakar. Ce centre doit accueillir les infrastructures nécessaires à la conception des prochains engins spatiaux sénégalais. Dakar souhaite fabriquer ses propres satellites et leurs charges utiles à 100 % sur son sol, avec l’objectif de les lancer un jour depuis son territoire. Mais le chemin est encore long. Il faut beaucoup d’investissements et surtout du capital humain. Pour y parvenir, le pays continue de tisser ses réseaux. Il vient de rejoindre l’Alliance Space4Ocean et le projet « Space Valley », tandis qu’il prépare la construction du premier observatoire astronomique national.
L’Afrique multiplie les investissements dans l’espace
Comme déjà indiqué, le Sénégal n’est pas le seul pays africain à s’intéresser à l’espace. Une trentaine d’États ont lancé des projets ces dernières années, souvent en commun. Il s’agit notamment de l’Egypte, du Kenya, du Rwanda, du Maroc et du Ghana. Ces pays ont multiplié les investissements spatiaux, passant de 300 millions de dollars en 2018 à environ 800 millions aujourd’hui, d’après des données de Space in Africa.
Si l’Afrique ne doit pas rester en marge de la course à l’espace, certains observateurs estiment qu’il y a d’autres priorités pour le continent, notamment les infrastructures routières, l’énergie, l’agriculture, l’emploi, l’éducation ou encore la santé. Mais des spécialistes retorquent que les satellites peuvent faciliter l’essor de ces domaines par les précieuses données fournies en temps réel.





